PORTRAIT-MÉTIER • Fabien Devaux • Technicien son

Le Rayon vous propose de partir à la rencontre des passioné·e·s qui font vivre la musique en Nouvelle-Aquitaine. Aujourd’hui, coup de projo sur le métier de Fabien Devaux, technicien son principalement en studio pour de l’enregistrement, arrangement, production et mixage et parfois en concert.

Qu’as-tu fait pour en arriver là ?

J’ai commencé par faire de la musique avec mon frère et à m’intéresser presque aussitôt au son. Je me suis retrouvé à enregistrer les maquettes et albums des groupes dans lesquels on jouait, celui de mon cousin et des amis. Par la suite on a pu faire quelques concerts, croiser d’autres groupes et échanger avec eux. Ça m’a permis d’entrer en contact avec d’autres groupes et de commencer à bosser sur d’autres projets. Je suis allé poser des questions à ceux qui savaient mieux faire que moi. Certains m’ont répondu, comme Franck Hueso. Et beaucoup de temps, d’erreurs et de tests. Du coup certaines personnes m’ont fait confiance, comme Cyprien et Vincent de Wallack, ou comme Flo Marcadet, pour ses vidéos de batterie au départ (et bien d’autre projets par la suite). Ça m’a permis d’apprendre des nouvelles choses, faire de nouvelles rencontres et ainsi de suite.


Qu’est-ce que tu aimes dans ton métier ?

Une fois qu’on t’a expliqué « une méthode » et qu’on essaye d’aller vers autre chose ou plutôt d’aller plus loin pour compléter cette méthode, c’est par les tests, les erreurs et les échanges qu’on va pouvoir progresser. Pour entendre les choses par soi même. Et cette phase là, personne ne peut l’acheter. C’est comme quand tu apprends à faire du vélo. Personne ne peut le faire pour toi. C’est du temps et c’est long. Parfois c’est très chiant, parfois c’est vraiment gratifiant. Et c’est surtout sans fin, c’est ce qui fait que ça reste passionnant. Enfin pour moi jusque là en tout cas !

J’ai envie de faire le même métier que toi, quel petit conseil est-ce que tu me donnes ?

Éventuellement, faire une école dans le son. Apprendre à jouer d’un instrument si ce n’est pas déjà le cas. Apprendre les bases de l’électricité, de l’électronique et de l’acoustique. Apprendre comment fonctionne les instruments qu’on aime et qu’on envisage d’enregistrer. Bidouiller de son côté, et demander un coup de main à des gens (dont on aime le travail dans la mesure du possible) qui font ça depuis plus longtemps que soi. Demander comment ils font telle ou telle chose sur lesquelles on bloque et ne pas hésiter à proposer d’aider en contre partie histoire que ce soit donnant / donnant. Prendre une formation en ligne aussi ça aide beaucoup afin d’intégrer une vision d’ensemble du processus, et une méthode pour naviguer dans tout ce bazar. Et prendre le temps de se tromper ! On prend toujours le temps pour ( essayer de) bien faire, mais on ne se réserve jamais du temps pour faire des erreurs. Échanger avec les autres. Acheter du matériel qu’on est sur de revendre. Commencer par les classiques, et affiner si besoin par la suite. Et se concentrer sur la performance de l’artiste, du son de la pièce, du son et du réglage de l’instrument, du placement du ou des micros. Et pas vraiment du prix du matériel. Et bosser. Beaucoup.

Avec quelle personne ou structure régionale aimerais-tu collaborer ?

J’aimerais pouvoir plus échanger entre personnes impliquées dans la prod audio sur la région, pour partager et apprendre. Ce sont des métiers où l’on se retrouve souvent seul face à notre ordi, et on aurait pas mal à gagner à mettre en commun nos ressources et nos expériences.

 

Un bon souvenir dans le milieu musical ?

Il y en a pas mal… Ce qui est marquant c’est de voir des groupes tenir sur la durée, qui cherchent à progresser, bosser leur écriture et leur identité. Et d’être bluffé et excité par les compos à l’écoute de leurs maquettes. Wallack est un bon exemple. Parfois des sessions studio où l’on sent qu’on a capturé « un moment / une performance » un peu spécial où tout le monde se regarde en régie avec des grands yeux. Ou parfois, une « vraie » collaboration, où tu sens que d’avoir « fait tes devoirs à la maison » ( les tests, les erreurs) te permettent de capter là où l’artiste veut aller en terme de son et/ou de compo, d’avoir les outils pour, et de voir leurs têtes satisfaites !

Quel est ton dernier coup de cœur musical ?

Le dernier Loathe et certains titres du premier Sleep Token m’ont mis une bonne claque ces derniers mois.

Quels bons conseil donnerais-tu à un jeune groupe ?

Dans un premier temps essayer de copier les groupes qu’ils aiment et comprendre pourquoi ces morceaux résonnent avec eux. De se concentrer sur la qualité d’écriture et de composition de ces morceaux, de la pertinence des arrangements et de la manière dont tout s’imbrique. « D’écouter » le jeu des musiciens et chanteurs ou chanteuses, et de comprendre la qualité de son qu’ils ou elles ont dans les doigts – indépendamment de la production. Ensuite, bosser leur instrument, techniquement mais aussi ( et surtout) d’un point de vue son : dans les réglages en eux mêmes mais aussi dans le jeu, le choix des notes et de l’arrangement. Et enfin de se concentrer sur leurs particularités propres et de trouver « leur truc », puis d’appliquer la même exigence de qualité étudiée plus haut à leur propre compo. De ne pas avoir peur de laisser de côté les titres qui ne sont pas pertinents, de commencer par des singles ou des ep. Faire les premiers enregistrements avec des gens dont c’est le métier qui puissent les driver. Et apprendre à se produire eux mêmes par la suite, au moins en partie-pour alléger les coups de prod. Et de toujours se placer dans la peau de « l’auditeur » quand ils écoutent leur musique et de se demander « si je tombais sur ma musique sur YouTube ou spotify, est-ce que j’aurais envie d’aller au bout du titre et de l’écouter à nouveau ? ».

Qu’est-ce que tu conseillerais à ton lecteur / ta lectrice d’aller découvrir sur la région ?

D’aller faire du canoë sur la Charente en partant des Forges à Taizé-Aizie jusqu’au Château de Verteuil.

Tu peux embarquer ton lecteur / ta lectrice quelque part en Nouvelle-Aquitaine, où l’emmènes-tu ?

Au Yakido à Poitiers, évidement !!

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